Chapelle Corneille Detail

Histoire

Les origines de la chapelle du lycée Corneille, aujourd’hui propriété de la Région Normandie, sont liées à l’histoire des jésuites et leur implantation à Rouen. Fondé par Ignace de Loyola et approuvé par le pape Paul iii en 1540, l’ordre des jésuites, voué au départ à des activités missionnaires, se spécialise dans l’enseignement et la formation de la jeunesse après le succès rencontré par son premier collège, ouvert à Messine (Sicile) en 1548. 

Lorsque, 20 ans auparavant, Ignace de Loyola avait séjourné à Rouen pour y être soigné à l’Hôtel Dieu de la Madeleine, la ville était alors hérissée de nombreux clochers. La spiritualité qui modèle l’espace urbain connaît au xvie siècle une double révolution : la Réforme protestante suivie de la Contre-Réforme catholique dont les principales lignes directrices sont fixées par le Concile de Trente (1545-1563). Dans ce contexte troublé, les jésuites, un des principaux ordres au service de la reconquête catholique, ne réussissent à s’installer qu’après de nombreuses tentatives avortées. Le soutien inconditionnel du cardinal archevêque de Bourbon s’avère décisif. En 1583, il leur donne son manoir du grand Maulévrier dans lequel est aménagée une chapelle provisoire pour le collège qui fonctionnera de 1593 à 1594. L’établissement restera ensuite fermé pendant dix ans. 

Dès sa réouverture, le collège jésuite accueillera un nombre élevé et croissant d’élèves (de 1600 à 1800), ce qui impose la construction d’une chapelle plus vaste et indépendante. Le projet doit composer avec les contraintes du lieu (la parcelle est étroite et le sol meuble) et le fonctionnement propre à la compagnie de Jésus. La doctrine oblige en effet à concevoir des édifices sains et solides, suffisamment vastes pour l’accueil de tous les fidèles, mais sans luxe inutile ou trop coûteux.

Construction et vicissitudes

Marie de Médicis pose la première pierre de l’église en 1615. Le plan centré envisagé à l’origine est abandonné vers 1620 au profit d’un plan en croix latine. De 1625 à 1629, le père Derand, lorrain formé au noviciat de Rouen, assure seul la supervision du chantier de l’église. Elle est ouverte pour la première fois au culte en 1631 alors qu’elle demeure inachevée. 

En 1704, la chapelle est consacrée sous le vocable de Saint Louis. En 1762, les jésuites sont expulsés du Royaume et le Parlement de Normandie confie le collège à des pères séculiers. chapelle est alors dépouillée d’une grande partie de ses ornements. À la Révolution, elle devient magasin de fourrage puis accueille le premier musée des Beaux-Arts de la ville. Son destin a failli être scellé au xixe siècle : en 1895, il est envisagé de la détruire afin d’agrandir le lycée. Un mouvement d’opinion, porté notamment par la Société des antiquaires de Normandie et la Société française d’archéologie, s’oppose avec force à ce projet. La chapelle sera finalement classée au titre des monuments historiques en 1910.