Chapelle Corneille Detail

L'architecture

Au début du XVIIe siècle, le terrain alloué pour la construction de la chapelle est exigu. En effet, dans le secteur nord-est de Rouen, les couvents et monastères se multiplient dans un contexte de ferveur religieuse suite au Concile de Trente. Cette contrainte spatiale a plusieurs conséquences : l’orientation de l’édifice est inhabituelle, sa façade principale donnant au sud (et non à l’ouest) et son chevet se développant au nord (et non à l’est). Mais surtout, le monument est resté inachevé car les jésuites n’ont pas pu acquérir les terrains nécessaires à la construction des deux premières chapelles latérales à la nef. L’architecture de la chapelle est dite hybride car elle associe des caractéristiques propres à l’art gothique et des nouveautés issues de la Contre-Réforme.

L'héritage gothique

Les voûtes d’ogives utilisées pour couvrir la nef, ainsi que le transept et le chœur, témoignent de l’influence persistante du mode constructif gothique, choisi par l’architecte François Derand qui dresse en 1625 un plan précisant l’état d’avancement des travaux. Cette fidélité au gothique n’est pas propre à la Normandie : c’est le cas d’un tiers des églises jésuites édifiées à cette époque en France. À l’extérieur, les contreforts massifs qui contrebutent la poussée des voûtes s’inscrivent également dans cette tradition.

L'intervention contemporaine

Les premiers travaux pour l’aménagement d’un auditorium ont débuté en septembre 2014. Le vaste chantier de restauration a concerné les extérieurs, la stabilité du monument, les voûtes hautes, les décors intérieurs en pierre et en marbre, les vitraux monochromes, les sols et enfin les huit retables. Le projet de l’atelier d’architecture bordelais « King Kong » concilie préservation du patrimoine et contraintes d’une salle de spectacle. Conjuguant innovation et audace, il s’inscrit parfaitement dans le tissu urbain. Des emmarchements successifs se déploient, épousant la déclivité du terrain, depuis la porte d’entrée initiale jusqu’à l’espace public, contribuant à la mise en valeur de la chapelle. Le dénivelé existant entre l’édifice et la rue a permis d’intégrer dans le soubassement l’accueil du public. Le visiteur est alors amené à suivre un parcours initiatique de la rumeur du quotidien à la magie du spectacle. Arrivé au sein de la chapelle, la scène se découvre et offre aux spectateurs déployés sur trois ou quatre côtés selon les besoins du spectacle, un nouveau lieu musical exceptionnel.